Introduction
Les anomalies fonctionnelles ont un rôle majeur dans la création et le maintien des dysmorphoses dento-maxillaires.
Le rétablissement précoce des fonctions correctes est essentiel pour un développement harmonieux du massif facial et l’établissement de l’occlusion.
Citons le principe de C. GUGINO : “Plus on traite tôt, plus la face s’adapte à notre concept, plus on traite tard, plus on doit s’adapter à la face.”
Les principaux troubles fonctionnels existants portent sur :
- la ventilation,
- la déglutition,
- les habitudes nocives,
- la sangle labiale.
La ventilation
Beaucoup de jeunes patients et de parents semblent ignorer que le nez sert à respirer.
La ventilation doit être exclusivement naso-nasale ( TALMANT, FOURNIER ) et diaphragmatique y compris la nuit pendant le sommeil.
La ventilation doit être possible sans effort ni crispation des lèvres.
Le nourrisson a une ventilation uniquement naso-nasale, il ne sait pas respirer par la bouche et suffoque en cas de rhinite.
La ventilation nasale s’objective lorsque la bouche est fermée, mais un enfant qui joint facilement les lèvres le jour, peut être un respirateur buccal nocturne, et d’autre part une bouche ouverte peut être le signe de lèvres incompétentes.
Le contact étroit de l’air inspiré par le nez avec les surfaces muqueuses des fosses nasales et des sinus entraîne :
- une humidification de l’air inspiré avec assèchement des muqueuses nasales,
- un réchauffement de l’air inspiré avec refroidissement du sang veineux turbinal ; ce sang veineux a un rôle dans la thermorégulation cérébrale, principalement pendant les phases de sommeil profond lorsque le cerveau est le plus exothermique ( TALMANT cité par COURTY ).
La position de la langue est liée à la ventilation.
La ventilation nasale est gênée par la langue entre les arcades car sa partie moyenne ferme le carrefour aérien supérieur ; à l’inverse en cas de rhinite, il faut abaisser la langue sur le plancher buccal car la pointe de cette langue en position haute gêne la ventilation buccale.
On peut diagnostiquer la ventilation par deux tests simples :
- le test de ROSENTHAL,
- le réflexe narinaire.
La déglutition
La position de la pointe de la langue sur les papilles rétro-incisives est l'un des éléments essentiels de la déglutition normale.
La déglutition du nourrisson se décrit :
selon MAURIN : “ La langue s’étalant contre les crêtes alvéolaires entre en contact avec la lèvre inférieure. Les lèvres sont fortement contractées à la base du mamelon ou de la tétine. La stabilisation de la mandibule est assurée par les muscles faciaux. Cette déglutition s’effectue toujours arcades séparées“.
La déglutition adulte se définit :
selon CHAUVOIS : “la déglutition, que nous réalisons environ 2 000 fois par 24 heures, se fait avec la pointe de la langue sur les papilles palatines” .
Au déclenchement de la déglutition le dos de la langue se creuse en forme de gouttière antéro-postérieure, les bords de la langue balaient d’avant en arrière les parois de la cavité formée par les dents en occlusion. L’occlusion entraîne une légère contraction des masseters et des temporaux.
Ensuite la langue prend appui sur la face interne des procès alvéolaires des molaires et des prémolaires supérieures. La gouttière disparaît, le mylo-hyoïdien se contracte fortement, le plancher de la langue s’élève et la langue fait saillie en arrière dans le pharynx.
“Pendant tout ce temps, les lèvres et les joues doivent être parfaitement immobiles. Seul le mouvement de la zone sous-mandibulaire signe la contraction du muscle mylo-hyoïdien.”
Le passage à la déglutition adulte se fait entre 18 mois et 10 ans !
La déglutition atypique est appelée :
infantile ou primaire, elle n’est pas celle du nourrisson mais a des analogies avec elle (MAURIN).
Il existe plusieurs sortes de déglutitions atypiques dont les points communs les plus remarquables sont :
- la pointe de la langue n’est pas sur les papilles palatines,
- les bords latéraux de la langue s’interposent entre les arcades alvéolaires,
- la partie postérieure de la langue s’élève difficilement et les réflexes nauséeux sont faibles ou inexistants,
- une contraction des lèvres pour assurer l’étanchéité bien que l’absence de contraction ne signifie pas forcement que la déglutition est correcte (FOURNIER).
Les causes :
les plus fréquemment citées sont : l’allaitement au biberon, la succion du doigt, la respiration buccale, la maturation.
Les conséquences :
les conséquences maxillo-dentaires les plus fréquentes sont : l'endoalvéolie, la proalvéolie et les béances antérieures ou latérales.
La posture linguale
Rappelons simplement les grandes lignes de la position physiologique :
- la langue doit être en position haute, la pointe et la partie dorsale au contact des papilles palatines ; c’est ainsi que l’activité électromyographique est minimale,
- la présence d’un espace libre molaire,
- les lèvres sont souples et jointes.
Dans la position pathologique :
- la langue est en position interdentale ou addentale,
- il y a une augmentation de l’espace libre molaire,
- les lèvres ne sont pas jointes et “tombent” (MAURIN).
Liée aux troubles fonctionnels, cette posture potentialise les anomalies dento-maxillaires.
Les habitudes nocives
La principale d’entre elle est la succion du doigt ( il existe aussi la succion des lèvres, de la langue...).
Mais cette succion du doigt a-t-elle une influence aussi néfaste qu’il est prétendu ?
Il n’y a pas de succion du doigt avec une langue en bonne position ; en outre son association avec des parafonctions est nocive car elle pérennise entre autres une déglutition salivaire extra-prandiale (FELLUS).
De même qu’il existe un passage de la déglutition du nourrisson à celle de l’adulte, la disparition des habitudes de succion doit s’effectuer avec les étapes du développement affectif selon MAURIN :
“pendant la petite enfance (- 2 ans) la succion du doigt, de plusieurs ou de la tétine représente un modèle de comportement normal.
Jusqu’à 5 ans, la succion au coucher ou en cas de fatigue est encore une habitude normale. Cependant si elle apparaît à cet âge, elle est le plus souvent d’origine affective.
De 6 à 12 ans la persistance de la succion peut être considérée comme un signe d’immaturité. Les interdictions ou remarques des proches renforcent cette habitude et la valorisent.”
Tout cela n’est bien sûr, qu’un cadre général qu’il faut individualiser , mais il permet de se rendre compte de l’importance du psychisme dans la succion du doigt.
La sangle labial
L’aspect des lèvres :
Les lèvres doivent se joindre sans effort ni crispation.
Dans la position de repos, le bord libre des incisives supérieures dépasse celui de la lèvre supérieure de 2 mm environ.
L’examen de la tonicité, leur aspect fin ou épais, leur degré d’éversion , leur compétence au repos et l’association de la crispation des lèvres avec celle de la houppe du menton sont autant d’indices importants pour le traitement.
Le rôle des lèvres :
Les lèvres ont un rôle essentiel car elles interviennent dès la naissance pour la tétée en assurant l’étanchéité buccale et elles permettent par leur occlusion la mise en place d’une ventilation naso nasale.
Dans la déglutition adulte, les lèvres ne doivent pas se contracter et un mouvement des lèvres en déglutissant témoigne d’une déglutition adulte non acquise.
La “qualité” des lèvres et leur mode fonctionnel sont des éléments importants pour le développement harmonieux du système maxillo-alvéolo-dentaire.
Bibliographie
CHAUVOIS A., FOURNIER M., GIRARDIN F.
Rééducation des fonctions dans la thérapeutique orthodontique
La bibliothèque orthodontique, édition SID 1991
COURTY M.
A propos du sceau labial
Mémoire de Certificat d’Etudes Cliniques Spéciales Mention Orthodontie
Université de Nantes 1996
FELLUS J.P.
Rééducation de la déglutition salivaire
Guide Clinique, édition CdP PARIS 1994
FOURNIER M.
La rééducation fonctionnelle chez l’enfant et son contrôle par l’orthodontiste
Rev. Orthop. Dent. Faciale, 28 : 473-486 , 1994
MAURIN N.
Rééducation de la déglutition
L’ortho-édition ISBERGUES 1998
TALMANT J.
Du rôle des fosses nasales dans la thermorégulation cérébrale. Déductions thérapeutiques
Rev. Orthop. Dent. Faciale, 26 : 51-60, 1992
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